Église

Le concile à la `lumière de la Tradition`
Antoine Baudouin - Slovaquie, La Porte Latine

Mgr Fellay et la FSSPX sont rigoureusement fidèles à la pensée de leur fondateur
 
Préambule

En ces temps où certaines contours intéressants semblent se dessiner, où les rumeurs vont bon train concernant une éventuelle libération de la messe, et où la FSSPX se trouve en pleine discussion avec Rome, il semblerait que certains voient dans l’attitude de Mgr Fellay une attitude attentiste, un certain changement de conduite et d’orientation de la FSSPX, un abandon des principes que défendaient Mgr Lefebvre ainsi que des contradictions dans les discours et dans les actes de la FSSPX.
 
Qui suis-je ?

En fait personne de particulier, juste un simple paroissien résidant en Slovaquie et faisant comme de nombreux autres fidèles un peu de route chaque dimanche pour assister à la messe de saint Pie V, et pour profiter des trésors et de la beauté qu’elle renferme. Je suis un catholique attaché à l’Eglise et je vis au milieu d’autres catholiques dans l’attente d’être enfin perçu à leurs yeux comme un catholique véritable, un catholique à part entière, sans soupçon d’hérésie ou de schisme parce que, tout simplement, j’essaye de vivre en adéquation avec ce que j’ai appris dans mon catéchisme….

Alors, dans ce contexte, je me tourne vers Rome, et je m’intéresse de très près à ce qui pourrait déboucher des négociations entre la FSSPX et Rome, et plus particulièrement à tout ce que Mgr Fellay en charge de ce dossier peut exprimer au cours de ses entretiens. Il m’arrive parfois de m’élever contre certaines réactions qui me paraissent déplacées(1), et c’est ainsi qu’il m’a été demandé d’ouvrir cette nouvelle rubrique de la Porte Latine.
 
Une position claire sur le Concile Vatican II
Mon propos, lors de mes prises de parole, était de déplorer le trouble causé par les positions de Mgr Fellay qui, si l’on en croit certains, ne serait ni clair ni cohérent dans son discours et dans ses attentes vis-à-vis d’un accord avec Rome.

Pourtant, je n’ai jamais entendu de sa bouche d’incohérences, d’ambiguïtés, et je n’ai jamais perçu d’attentisme
Bien au contraire, j’ai acquis la conviction profonde que Mgr Fellay mène ce dossier avec beaucoup de vigueur, ainsi qu’avec toute la prudence, toute la lucidité et toute la diplomatie nécessaires à la situation présente.

Bien sûr, il faut tenir compte du fait que Mgr Fellay désire que cela se passe en toute discrétion, c’est précisément ce qu’il disait le 8 décembre 2005 sur Radio Courtoisie, et il est donc inutile d’attendre des éléments détaillés sur ce dialogue entrepris : 
« Nous profitons de cela [de nos contacts avec Rome] pour dire ce que nous pouvons dire, ce que nous avons à dire en espérant qu’un jour cela puisse toucher les cœurs. Je pense que cela devrait déboucher sur une discussion qui elle forcément restera discrète, parce que dans l’Eglise officiell eil y a encore trop d’ennemis qui voudraient tout faire sauter. S’il y a discussion, ce sera forcément une discussion sur des points du concile, et pour la paix d’une telle discussion, il faut éviter toutes sortes de tensions. Il faut qu’elle reste sereine, même si elle est serrée au niveau des arguments. Mais nous n’en sommes pas encore là. J’ai proposé à Rome de faire une liste des points que nous contestons, qui font difficulté au plan doctrinal. »

Nous pouvons donc être assurés, puisque les discussions continuent, que la critique (au sens positif du terme) du concile Vatican II n’est pas laissée de côté par Mgr Fellay, et que les questions théologiques sont et seront forcément au cœur des discussions avec Rome, et au cœur d’un accord, si accord il y a. Mgr Fellay prendra d’ailleurs bien soin de préciser plus tard à de nombreuses occasions qu’un accord ne sera pas concevable tant que les discussions doctrinales et théologiques ne seront pas ouvertes.

Il est donc impensable de dire que Mgr Fellay est attentiste, qu’il ne propose aucune ligne de conduite concernant le concile, puisqu’il s’agit bien là précisément de ce que Mgr Fellay a voulu mettre au cœur des négociations. Et sa position concernant le concile, c’est tout simplement celle de Mgr Lefebvre, comme il nous le rappelle dans  la préface de l’excellent livre : "Vatican II l'autorité d'un concile en question"(2) et qui reprend de façon claire et synthétique les attentes de Mgr Lefebvre et de la FSSPX à sa suite. 
"Vous êtes au fond comme les protestants : vous brandissez le libre examen au dessus du magistère"; "Vous n'avez pas le droit d'opposer magistère à magistère" .
Voici deux lignes d'objections très souvent opposées aux explications et positions de Mgr Marcel Lefebvre et de la FSSPX, à qui l'on reproche l'audace de critiquer le concile Vatican II.
Ce compendium offre à la lecture les explications que fournit l'évêque que l'on taxait de traditionaliste : on y voit qu'au contraire les principes qui guident encore la FSSPX sont bien ancrés dans la saine théologie catholique, malgré la gravité des objections posées. On y voit également comment le grand pasteur des âmes savait se tourner vers les principes les plus élevés de notre foi, pour éclairer ses choix et ses actions.
Puissent ces pages éclairer encore plus aujourd'hui et conforter ceux qui réagissent au désastre !
Ecône, le 22 septembre 2006, en la fête de saint Maurice.
Mgr Bernard Fellay,   Supérieur général de la FSSPX"

Cette position concentrée dans ce magnifique ouvrage est, et a toujours été, la ligne autorisée de critique sur le concile au sein de la FSSPX : celle de Mgr Lefebvre lui-même …Il s’agit de la position la plus actuelle et elle ne date que de 3 mois …

La question qui se posera au cours de ces négociations sera donc forcément, dans un premier temps, bien plus axée sur les moyens d’accoster le point de vue de la FSSPX avec celui de Rome que sur le contenu de ces études elles-mêmes.

Finalement le discours de la FSSPX au sujet du concile n’a jamais changé depuis Mgr Lefebvre.
 
Interprêter le concile à la lumière de la Tradition ?

Dernièrement, je me suis vu opposé à monsieur l’abbé de Tanoüarn(3) précisément sur cette question, il reprochait en des termes bien durs et très hostiles à Mgr Fellay de refuser l’expression « interpréter le concile à la lumière de la tradition » utilisée par Mgr Lefebvre lui-même, et de ne rien proposer en contre partie. D’après lui, Mgr Fellay attendrait que tout vienne de Rome, en refusant, en même temps que cette expression, toute position officielle sur le concile. Il ne me paraît pas bien raisonnable d’affirmer de telles choses.

Tout d’abord la position officielle de la FSSPX sur le concile est parfaitement claire, pour avoir tant et tant été rappelée à travers les écrits de Mgr Lefebvre, mais aussi à travers de nombreuse autres études. Pourquoi donc affirmer qu’il n’y a plus de position officielle ? Il suffira de relire le livre cité plus haut pour en avoir toute la substance.

Je laisserai donc cette affirmation incompréhensible de côté, pour me pencher sur cette fameuse expression : « interpréter à la lumière de la tradition … »

S’agissait-il ici de la phrase clé qu’utilisait Mgr Lefebvre au sujet du concile ? S’agit-il d’un changement d’orientation que de ne plus vouloir faire appel à ce concept ?

Il est intéressant, à mon avis, de mettre en parallèle  ce que disait  Mgr Lefebvre, s’appuyant sur saint Pie X, et ce que dit Mgr Fellay, avant de porter un jugement.

Voici ce que disait Mgr Lefebvre :

Conférence spirituelle à Ecône, le 2 décembre 1976 : 
"Vous pourrez lire la lettre que le Saint Père m'a adressée, puisqu'elle est publiée dans le Journal du Valais, elle est publiée intégralement. Vous verrez justement que la conception qui est donnée de l'Eglise et de la Tradition est une conception qui frise le modernisme, en tout cas. Or c'est exactement la conception contre laquelle s'élève le pape Pie X dans son encyclique Pascendi dominici gregis.
Le pape Pie X explique justement qu'il est très délicat d'employer les formules : la foi vivante, dans un certain sens, et la tradition vivante. Qu'est-ce que cela veut dire exactement ? Cela peut avoir un sens véritable, mais ça peut avoir un sens tout à fait faux aussi. Or on a l'impression que pour échapper à ces contradictions, dans lesquelles le père Congar lui-même se met lors qu’il dit que les termes sont exactement contraires, ils disent :
« Mais la foi est vivante, la foi qui est aujourd'hui n'est plus la même foi qui était du temps du pape Pie IX, parce que les événements ont changé, parce que la foi a vécu depuis ce temps-la, notre foi a vécu et donc elle s'est modifiée, elle s'est sensiblement modifiée, mais c'est toujours la même foi qui se développe, comme un être qui vit ».
Un être qui vit, mais ça c'est typiquement moderniste, et c'est cela qu'attaque le pape Pie X dans son encyclique Pascendi. II dit qu'on n'a pas le droit de considérer la Tradition ou la foi comme un être qui vit et qui se développe.
La foi est immuable, elle peut être explicitée, oui, mais c'est autre chose. Qu'on explicite ce qui est implicite, oui, mais la foi elle-même et la Tradition, quand elles sont définies, quand elles sont, je dirais, homologuées officiellement, par un pape qui engage son infaillibilité ou un concile qui engage l'infaillibilité de l'Eglise, ce sont des formules qui sont définitives.
Sinon, il n'y aurait plus rien de certain pour nous. Alors, on a l'impression, à la lecture de la lettre du pape, que ce serait le pape actuel, par exemple, qui serait maître de ces vérités, qui pourrait nous présenter des choses qui sont définies d'une manière authentique et officielle, d'une manière définitive, et que le pape serait quand même libre de changer ces vérités, de les modifier, et de nous les présenter d'une manière complètement modifiée, parce que le magistère est un magistère vivant, qui est un magistère d'aujourd'hui et qui peut très bien modifier ce qui a été autrefois. Mais c'est absolument la conception moderniste de la vérité et du dogme, cette espèce d'évolution du dogme. C'est absolument contraire à la vérité de l'Eglise.
A quoi tient l'immutabilité de notre foi ? A Dieu lui-même. Qu'est-ce que la vérité de notre foi, qu'est-ce que nous présente notre foi ? Notre foi nous présente des vérités. Qu'est-ce que la vérité ? La vérité c'est Dieu. Et quand on a définit une vérité authentique, d'une manière absolue, avec l'infaillibilité du pape qui est donnée par Notre Seigneur Jésus-Christ, cela veut dire que cette vérité se trouve comme, je dirais, fixée en Dieu, c'est un aperçu définitif de ce qu'est Dieu, or Dieu est immuable."

Et aussi :

Conférence à Ecône le 2 décembre 1982 :

"Le seul changement qui a eu lieu, et qui a facilité la rédaction du premier point au sujet du Concile, c'est la phrase elle-même du Saint Père, qui a dit qu'il fallait examiner le Concile et les décrets du Concile à la lumière de la Tradition et du magistère constant de l'Eglise.
Je crois que cette phrase-là, il ne la redirait plus maintenant. On a dû la lui reprocher plusieurs fois. Elle est d'ailleurs, il faut le dire, un peu ambiguë, ce n'est pas très clair. Dans la pensée du Saint Père et dans la pensée du cardinal Ratzinger, si j'ai bien compris, il faudrait arriver à intégrer les décrets du Concile dans la Tradition, s'arranger pour les y faire rentrer, à tout prix. C'est une entreprise impossible.
Tandis que pour moi, pour nous, je pense, dire qu'on voit, qu'on juge les documents du Concile à la lumière de la Tradition, ça veut dire évidemment qu'on rejette ceux qui sont contraires à la Tradition, qu'on interprète selon la Tradition ceux qui sont ambigus et qu'on accepte ceux qui sont conformes à la Tradition. C'est la une chose claire, je l'ai d'ailleurs mis dans une lettre au cardinal Ratzinger. Mais enfin ils veulent garder un peu cette ambiguïté."

Mgr Fellay, il me semble, dit exactement la même chose :

"Il s’agit - c’est vraiment l’impression dominante - il s’agit pour le pape de sauver le Concile, de le sauver en disant qu’il n’y a qu’une interprétation permise ; c’est pourquoi il essaie d’éliminer toute une série de déviations qui sont peut-être, en partie, cause de la crise. Mais on ne touche pas au Concile !
Et nous de dire : Mais le problème se trouve dans le Concile, pas ailleurs ; en partie seulement ailleurs. Le monde y est pour quelque chose, certes, mais toutes ces ambiguïtés dans les textes ont été voulues. Le simple fait de dire qu’il faille lire le Concile à la lumière d’une interprétation, cela veut dire qu’il n’est pas clair en soi. Si le Concile était clair, on n’aurait pas besoin d’interprétation.
Et puis, lorsqu’on parle de tradition vivante, qu’est-ce que c’est que cela signifie ? Cette tradition vivante est très vraisemblablement le pape lui-même. Le pape qui lit l’enseignement du passé et qui le redit aujourd’hui. Voilà ce que c’est que la tradition vivante. Mais je crois que nous ne sommes pas d’accord sur cette définition de la tradition. Car pour nous la tradition c’est ce que l’Eglise a toujours donné comme définition : ce qui a été cru et enseigné toujours, partout et par tous. Quod ab omnibus, quod ubique, quod semper. La définition de saint Vincent de Lérins, la définition classique de la tradition est beaucoup plus simple ; tout le monde comprend.
Ainsi donc, d’un côté, espoir qu’un jour cela ira mieux, espoir que le pape fera quelque chose. Jusqu’où ? Nous n’en savons rien ! Et de l’autre côté, nécessité absolue et impossibilité d’un quelconque compromis qui mettrait en jeu notre foi : nous sommes catholiques et nous tenons à le rester. Advienne que pourra ! Prions ! C’est le temps de la Sainte Vierge Nous prions, il faut prier pour le pape. Il faut le faire sérieusement. Si nous le reconnaissons, reconnaissons que sa tâche est immense et d’une certaine manière impossible. Pour qu’il fasse du bien, il a besoin du Saint- Esprit, besoin de toute la grâce, de la force, de la sagesse et de toute la lumière du Saint-Esprit. Et si le Bon Dieu avait lié ces grâces à notre prière, mes biens chers frères ! Si, au moment de paraître devant le Bon Dieu, il nous était révélé que cela aurait dépendu de notre prière, je crois qu’on s’en mordrait les doigts, n’est-ce pas ? Alors ! Faisons tout le bien que nous pouvons. Il faut prier pour le pape de la même manière qu’il faut prier pour les autorités, c’est saint Paul qui nous le dit. Les autorités ecclésiastiques, les autorités civiles, même quand nous sommes catholiques et nous tenons à le rester. Advienne que pourra !
 
La cohérence de Mgr Fellay opposée à l'évolution de la pensée de l'abbé de Tanoüarn

Nous voyons donc que Mgr Fellay est parfaitement cohérent lorsqu’il dit ne plus vouloir employer ce concept, cohérent avec Mgr Lefebvre lui-même, et finalement cohérent avec l’abbé de Tanoüarn puisqu’il finissait par reconnaître lui-même au cours de cet échange, qu’il se réjouissait de ce que Mgr Fellay se méfie de cette expression, comme lui-même s’en méfiait d’ailleurs dans un dossier de Certitude N°23.

Ainsi donc, en refusant d’utiliser cette expression et en demandant plus de clarté au concile, il n’y a rien de nouveau dans l’attitude de la FSSPX, aucune nouvelle direction dans le sens d’un durcissement des négociations… Il s’agit de la retranscription quasi littérale des propos et de la pensée permanente  Mgr Lefebvre. Faut-il d’ailleurs rappeler que Mgr Lefebvre n’a jamais signé le protocole qui lui était proposé dans lequel figurait cette expression ? Faut-il rappeler que Mgr Lefebvre a toujours déploré une conception du magistère et de la tradition qui serait en opposition de la définition traditionnelle?

Je n’ai donc toujours pas compris pourquoi l’abbé de Tanoüarn s’en prenait ainsi à Mgr Fellay
au sujet de cette expression. Pourquoi s’offusquer des propos que Mgr Fellay reprend à la suite de Mgr Lefebvre ? Pourquoi dénoncer une attitude qu’il a lui-même dénoncée dans une de ses revues ?

Alors, il semblerait finalement que, pour lui, Mgr Fellay rejette cette expression en bloc, qu’il « jette le bébé avec l’eau du bain »(sic), avec tout ce qu’elle comporte de vérité. Il reproche également à la FSSPX de laisser subsister en son sein un flou sur l’attitude à adopter vis-à-vis du concile.

Probablement qu’il y a des divergences d’attitudes vis à vis du concile qui se côtoient au sein de la FSSPX, mais ceux qui définissent la ligne officielle, se sont le Supérieur Général et le fondateur. Ces divergences ont d’ailleurs toujours existé, même au temps du fondateur, sans jamais altérer la ligne de conduite officielle. Alors pourquoi pointer du doigt maintenant ces divergences insignifiantes ? Pourquoi prétendre que Mgr Fellay refuse le concept d’interprétation du concile à la lumière de la tradition en jetant le bébé avec l’eau du bain ?

Mgr Fellay s’exprime à ce sujet dans une interview le 26 septembre 2005 : 

« 
(…) Pour le Concile Vatican II, Rome voudrait reprendre le protocole signé en 1988 par Mgr Lefebvre et par le cardinal Ratzinger. Ce protocole dit qu’une seule interprétation du Concile Vatican II est valable. Celle qui est faite à la lumière de la Tradition. Mais même si cela n’a pas été dit très explicitement, nous avons bien compris au cours de notre rencontre avec le pape qu’il nous considérait comme vieux jeu et que le concile c’est aussi un esprit que nous devons acquérir. Je suis d’accord avec la formule du concile interprété à la lumière de la Tradition mais je ne puis pas la signer dans le contexte actuel. »

Voici donc de quoi rassurer monsieur l’abbé de Tanoüarn. Mgr Fellay  est bien loin de rejeter en bloc l’idée qui se cache derrière cette expression. Ce qu’il veut, c’est qu’un langage clair soit utilisé, langage où il ne puisse y avoir aucun malentendu possibleNice Matindu 11 décembre 2006  : . C’est ce qu’il dit dans son interview à

Nice Matin : « - Pour Vatican II, que demandez-vous ? Un nouveau concile ? »
Mgr Fellay : « - Non, c’est une question de prudence, et de crédibilité. L’Eglise ne peut se contredire. Mais il y a trop de non-dit, trop d’ambiguïtés. On attend du concile qu’il soit clair. Il faudrait que le Saint-Père puisse reprendre petit à petit tous ces termes de manière compréhensible.»

Il énumère ensuite justement les points qui ne sont pas clairs et qu’il faudrait rendre compréhensibles et clairs : ce sont tout simplement encore une fois ceux que dénonçaient Mgr Lefebvre : l’œcuménisme, la liberté religieuse et la collégialité. Il propose donc ainsi une idée générale : rendre clair le concile,  et la façon de procéder : que le Saint Père reprenne petit à petit tout ce qui n’est pas compréhensible.
 
Attentisme ?

Alors bien sûr, on pourrait comprendre ceci comme l’abbé de Tanoüarn semble vouloir le faire comprendre : Mgr Fellay attend que tout se fasse tout seul …. 

C’est aussi dans ce sens que l’on peut également comprendre d’autres interventions de Mgr Fellay lorsqu’il dit qu’une fois la normalité revenue à Rome, la FSSPX ne sera plus un problème, (ce qui est d’ailleurs très vrai)
D’autre part, on peut aussi considérer qu’il n’y a pas d’éléments publics qui laissent penser que la FSSPX agit malgré tout. (Ce qui reste à prouver…)

Mais ce serait négliger l’intelligence et la lucidité de la démarche entreprise à mon sens par Mgr Fellay : que Rome recrée un climat de confiance vis-à-vis de nous par des actes, et que ces actes soient perçus comme venant uniquement de leur propre initiative.

Le principale clé de l’accord, pour Mgr Fellay, réside dans le fait d’obtenir un climat de confiance dans l’Eglise vis-à -vis de nous. C ’est parfaitement clair; il le redit à de nombreuses occasions, et c’est ce climat qui pourra alors permettre une expérience de la tradition telle que Mgr Lefebvre l’entendait lorsqu’il disait : « Laissez nous faire l’expérience de la tradition ».

Voici ce qu’il déclare avoir demandé au cours de son audience avec Benoît XVI :

« Enfin nous formulions nos demandes : changer le climat d’hostilité à l’égard de la Tradition, climat qui rend la vie catholique traditionnelle - y en a-t-il une autre ? - à peu près impossible dans l’Eglise conciliaire, en donnant une pleine liberté à la messe tridentine, faire taire le reproche de schisme en enterrant les prétendues excommunications, et trouver une structure d’Eglise pour la famille de la Tradition. »

C’est là le cœur de la démarche, changer le climat, que Rome nous laisse faire l’expérience de la tradition en toute quiétude, sans aucun soupçon, dans un climat serein.

Et c’est très lucide : c’est bien ce climat de méfiance et même parfois de haine à notre encontre qui est le principal obstacle à notre retour. Je m’en rends compte à chaque fois que j’ai des discussions avec les catholiques que je fréquente.

Et qui doit rétablir ce climat ? C’est Rome, ça aussi c’est clair, ça aussi, c’est parfaitement  lucide et bien vu. De nombreuses fois, il répètera ceci : c’est à Rome de rétablir ce climat, car tant que ce climat de confiance ne sera pas rétabli, toute décision qui jouerait en faveur de la FSSPX serait perçue comme une concession ou une victoire des intégristes sur Rome.

C’est également dans ce contexte qu’il faut comprendre les préalables : pour rétablir ce climat… Il l’a dit au pape dans son entrevue, et il l’a dit à beaucoup d’autres occasions, comme ici dans un entretien à DICI le 23 mars 2006 :
« Les préalables que j’ai proposés ont pour but de créer un climat nouveau dans l’Eglise officielle. Ce serait un premier pas pour rendre à nouveau possible la vie catholique traditionnelle. La situation actuelle a poussé les fidèles, devant les désastres post-conciliaires, à fuir leurs paroisses pour rejoindre la Fraternité, et ce malgré l’opprobre dont on entoure les prêtres traditionnels. Aucune sanction romaine, aucune mise en garde épiscopale ne dissuadent ces familles de choisir la Tradition. C’est un fait. Aussi ai-je demandé au pape de poser des actes publics en faveur de la Tradition, car nos fidèles ne pourront se satisfaire de simples paroles d’encouragement. Ces actes sont la liberté de la messe traditionnelle et le retrait du décret d’excommunication. Et si les bruits qui courent aujourd’hui dans la presse sur le retrait de l’excommunication sont avérés, on pourra dire que le Souverain Pontife a pris en compte un des deux préalables. »

Le 11 décembre 2005, à Saint Nicolas du Chardonnet, Mgr Fellay précisait :

"J’ai conclu auprès des autorités romaines en disant : « Si vous voulez regagner notre confiance des paroles ne suffiront pas, il faut des actes. Il faut une reprise en main. Il faut condamner ce qu’il faut condamner, les hérésies, les erreurs. Qu’il s’agisse de la foi, qu’il s’agisse de la morale, de la discipline, qu’il s’agisse de la liturgie, il faut que ces actes de condamnation soient connus. Cela dit, il faut aussi des actes positifs. Il faut que la vie catholique qui actuellement est rendue impossible dans l’Eglise officielle, que la vie normale, traditionnelle soit rendue possible de nouveau. Et cela ne peut se faire qu’en favorisant la Tradition ».

Et le 2 février 2006, à Flavigny, au sujet de sa rencontre avec le cardinal Castrillon Hoyos :

"Vous voulez des accords ? Nous n’y sommes pas opposés, mais il faut d’abord les rendre possibles. Et comme nous voulons absolument rester catholiques, il faut que cette vie catholique soit de nouveau rendue possible. Cela veut dire tout d’abord réprimer les abus, les condamner ; veut dire redonner sa liberté à la cela signifie toute une série d’actes, de reprises en main de l’Église. Cela veut dire aussi des actes positifs : c’est-à-dire réintroduire cette vie de la foi catholique, avec toutes ses exigences. Cela messe qui remettra l’Église sur ses rails, qui recentrera l’Église sur Notre-Seigneur Jésus-Christ.".

C’est donc à Rome de recréer ce climat, d’agir pour réconcilier l’Eglise avec la tradition, et cela tout simplement pour ne pas déchirer l’Eglise, pour ne pas faire exploser ce qu’il appelle à plusieurs reprises une bombe atomique.

Quel bon sens …
 
Rome est maîtresse du calendrier : c'est à elle de donner le "la"

Il exprime très bien cette idée au sujet de la messe dans l’interview qu’il a eue suite à son entretien avec le pape, en faisant tout de suite le parallèle avec le concile :

Mgr Fellay :
Le pape n’a pas voulu aborder les problèmes, mais simplement les esquisser. Or il faudra bien, dans un premier temps, répondre à l’exigence du droit de cité de l’ancienne messe pour ensuite aborder les erreurs du concile, car nous y voyons la cause des maux actuels, cause directe et pour une part indirecte.
Pour être tout à fait juste, je voudrais apporter ici une précision. En effet, il faut bien considérer la situation dans laquelle se trouve le pape. Il est coincé entre les progressistes et nous : s’il vient à libéraliser la messe sur notre seule demande, les modernistes se dresseront en disant que le pape a cédé aux traditionalistes.
 Il faudra faire admettre aux autorités romaines que nous ne pouvons suivre sans de sérieuses restrictions l’interprétation que l’on donne du concile et l’œcuménisme tel qu’il est pratiqué. Au fond, ce que nous espérons, c’est de faire comprendre un jour la raison d’être de la Tradition

Toute l’habileté de Mgr Fellay et de Benoît XVI repose dans le principe que si les actes viennent de Rome, alors les choses se passeront en douceur ; si les avancées sont faites sans qu’apparaisse un lien  flagrant avec la FSSPX, alors elles seront beaucoup plus efficaces.

Et voilà précisément où se situe l’action de la FSSPX… Voilà le travail que fait Mgr Fellay.

Rome doit poser les actes, certes, mais tout le travail de la FSSPX « est de faire admettre aux autorités romaines que nous ne pouvons suivre sans de sérieuses restrictions l’interprétation que l’on donne du concile et l’œcuménisme tel 
qu’il est pratiqué ». Tout le travail de Mgr Fellay, « c’est de faire comprendre la raison d’être de la tradition !!!! »

Oh non, il ne s’agit pas de rester les bras croisés, c’est évident. Il s’agit de mauvaise foi que de prétendre cela . Il s’agit de prêter à Mgr Fellay des propos contraires à ce qu’il a dit.
 
Rien de sérieux ne se fait dans la précipitation et au son des trompettes !

Alors bien sûr ces démarches sont discrètes et à l’abri de l’agitation et du bruit, bien sûr nous ne savons pas précisément ce qui est dit, ce qui est entrepris.

Mais c’est la meilleure façon de procéder, et nous le voyons très bien lorsque l’on regarde l’ouragan qu’a déclenché la création de l’Institut du Bon Pasteur. Il ne s’agissait que de faire des concessions à 3 prêtres, et on a frisé la révolution dans le clergé Français…. Une opposition frontale ne peut pas être la bonne solution pour faire admettre la crise de l’Eglise, ses principes et ses causes. Une opposition frontale crée des tensions et ferme les cœurs en réveillant de vieilles rancoeurs.

Mgr Fellay travaille dans l’ombre de Rome, sans recherche de gloire ni de reconnaissance, pour le plus grand bien de l’Eglise.

Il est en phase d’obtenir la libération de la messe… Est-il possible de prétendre qu’il y est étranger, qu’il n’a pas œuvré pour cette libération? Qui aurait pensé que ce soit possible ?

Alors c’est vrai, il attend … C’est vrai, il ne semble pas être dans la branche décisionnelle de l’appareil romain, et alors ? N’est-ce pas mieux ainsi ? N’est-ce pas mieux pour l’Eglise ?  Et n’est-ce pas ce qu’il désirait le plus lorsqu’il disait :

«  s’il [le pape] vient à libéraliser la messe sur notre seule demande, les modernistes se dresseront en disant que le pape a cédé aux traditionalistes
. »

N’est-on pas en droit de penser qu’il en sera de même pour le concile ? Que la liste a été dressée et que le travail se fait doucement, sans vague, mais efficacement ?

Nous sentons très bien qu’il a posé ses conditions, que les choses sont parfaitement claires et que Rome en tient compte. Nous le voyons très bien au sujet de la messe : Mgr Fellay a donné ses préalables; il attend maintenant la suite; il agit pour que Rome agisse, car seule une action de Rome peut être efficace dans le contexte actuel.

Le principe de bases des négociations a été posé et accepté : rétablir un climat de confiance envers les traditionalistes, et pour y arriver les jalons sont parfaitement clairs :

- La pleine liberté à la messe tridentine
;
- Faire taire le reproche de schisme en enterrant les prétendues excommunications ;
- Et l'ouverture des débats sur les points délicats du concile.

En résumé, procéder par étapes …

Il s’agissait au début des négociations d’établir une liste de nos divergences sur le concile, nous sommes maintenant un an après et nous sentons très bien que les choses évoluent et que le dialogue continue. Et si ce dialogue continue, c’est évidemment que la question du concile est à l’étude.

Pour l’instant, les préalables ne sont pas remplis… Les conditions nécessaires à rétablir un climat de confiance ne sont donc pas encore réunies, et  le débat théologique sur le concile ne peut donc pas trouver sa place en toute sérénité à la lumière du jour. Mais je suis persuadé qu’il existe ce débat, que des choses sont écrites et que ces échanges sont fructueux.
 
Les signes visibles d'espérer sont là

Des actes sont posés, comme ce bouquet spirituel engagé par la FSSPX; un Motu proprio est en cours de signature ….
Pourquoi donc brûler les étapes et porter maintenant le débat sur Vatican II en avant de la scène ?

La FSSPX a réaffirmé ses positions sur le concile en rappelant tout simplement ce qu’en disait son fondateur, et demande pour le moment tout simplement à être écoutée, ce qui semble être le cas… A quoi cela servirait-il d’obtenir un droit de critique si personne n’en tient compte ?

Les dossiers sont prêts pour que le débat puisse commencer … Peut être est-il même déjà commencé… en tout cas se débat aura lieu, comme le répétait Mgr Fellay dans son entretien à DICI au mois de mars 2006 :
« Je dirais que ce dialogue doit être doctrinal et pratique, avec des faits à l’appui des raisonnements théologiques. En partant du point de convergence entre Rome et nous - le constat commun d’une crise désastreuse -, nous devons tenter  de résorber la divergence en essayant de faire admettre à Rome la véritable cause de cette crise. La discussion doctrinale a bien pour but d’obtenir la reconnaissance par Rome de cette cause, mais étant donné les principes modernes dont sont imbues les autorités romaines depuis Vatican II, cette discussion ne peut avoir lieu sans le concours d’une leçon donnée par les faits eux-mêmes, ou encore plus précisément :  elle ne peut se faire sans la considération de l’œuvre concrète que la Tradition peut accomplir en vue d’une solution à la crise des vocations, de la pratique religieuse…
De notre point de vue, ce sont les effets de l’apostolat traditionnel qui feront voir a contrario où est la cause de la crise. Voilà pourquoi des préalables pratiques me paraissent indispensables au bon déroulement des discussions doctrinales.
La liberté d’action rendue à la Tradition doit lui permettre de faire ses preuves et de départager dans les faits les deux parties qui ne s’accordent pas doctrinalement sur la cause de la crise. Cette leçon des faits que nous demandons à Rome de bien vouloir accepter, repose avant tout sur notre foi en la messe traditionnelle. Cette messe réclame d’elle-même l’intégrité de la doctrine et des sacrements, gage de toute fécondité spirituelle auprès des âmes. »

Je terminerai par cette autre citation pour rappeler une dernière fois la cohérence de la FSSPX avec elle-même (Le 2 février 2006 à Flavigny) :

«Alors, nous avons exposé au cardinal Castrillon (le contenu) de la lettre de Mgr Lefebvre adressée au cardinal Ottaviani, un an après le Concile. Nous avons montré, en commentant cette lettre, comment Monseigneur décrivait admirablement les conséquences du Concile sans parler d’abus, sans parler de déviation, mais comment le Concile - tel qu’il s’est passé - conduit à la crise que nous vivons. Ce texte écrit en 1966 est aujourd’hui actuel dans tous ses points. Cette vue de Monseigneur est admirable précisément sur la situation de l’Église, sur le Concile. Nous avons bien insisté en disant : "La faute vient du Concile. Mais cela ne veut pas dire que toutes les erreurs que l’on rencontre aujourd’hui dans l’Église viennent du Concile. Cela veut dire que le Concile a ramassé ces erreurs et les a comme inoculées dans les veines de l’Église". Et j’ai continué en disant : "Si vous voulez sortir de cette crise, oubliez un instant la Fraternité, occupez-vous de résoudre cette crise ! La crise résolue, la Fraternité ne sera plus un problème pour vous". »

Antoine BAUDOUIN
, Bratislava le 6 janvier 2007
 
 
Notes

(1)
Antoine BAUDOUIN fait allusion aux débats qui l'ont opposé à l'abbé de Tanoüarn sur le Forum Catholique.
(2) paru dans Vu de Haut n° 13
(3) Abbé Guillaume de Tanoüarn. Né le 2 novembre 1962. Ordonné prêtre par Mgr Tissier de Mallerais le 24 septembre 1989, au séminaire d'Écône de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Il est d'abord professeur à l'Institut Saint-Pie X, à Paris. Il enseigne au Gabon avant de fonder, à son retour en France, et diriger les revues Pacte et Certitudes, devenue Objections. Ayant quitté la FSSPX en mars 2005, il est aujourd'hui membre de l'Institut du Bon Pasteur, directeur du Centre Saint-Paul et de la revue Objections.

    Para citar este texto:
"Le concile à la `lumière de la Tradition`"
MONTFORT Associação Cultural
http://www.montfort.org.br/fra/veritas/igreja/lumiere_tradition/
Online, 14/12/2017 às 22:40:17h